Conservation de la biodiversité au Bénin

Que ce soient les aliments que nous consommons ou les médicaments traditionnels à base de plante utilisés pour se soigner, tous proviennent des ressources naturelles. Autant de raisons pour lesquelles nous devons préserver la biodiversité.

Au Bénin, les forêts couvrent 68 % du territoire national. La zone côtière abrite une biodiversité importante et unique. La faune et la flore, situées en grande partie dans les aires protégées, sont très riches et diversifiées. Mais leur survie est menacée par la déforestation qui a entraîné, depuis les années 90, la perte d’environ un tiers de la couverture forestière du pays. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et ses partenaires accompagnent depuis 2010 le Gouvernement du Bénin dans la restauration et la gestion durable de la biodiversité et des ressources naturelles.

De lutilité des forêts

Les forêts assurent entre autres la protection des ressources des sols et et des eaux, la conservation de la diversité biologique, le stockage de carbone et contribuent à la réduction du réchauffement de la planète.

« Les forêts sacrées ont plusieurs utilités, à la fois cultuelles, culturelles, économiques voire sanitaires ; elles constituent des puits à carbone et des conservatoires de la biodiversité. Nos parents avaient cette idée de conserver la biodiversité proche des habitats pour leurs prières, leur santé et même temps pour leur alimentation. Ces forêts sont des lieux de connexion avec les ancêtres, avec les esprits, pour dégager ce qui va permettre aux vivants de continuer leur marche. Ces forêts sont donc d’une importance capitale pour l’espèce humaine parce que la forêt peut vivre sans les hommes, mais les hommes ne peuvent vivre sans la forêt », raconte Appolinaire Oussou Lio, Secrétaire général de la mairie d’Avrankou.

Dans les temps anciens, il existait des pratiques endogènes de conservation de la biodiversité avec l’utilisation du sacré. C’est ainsi que les forêts sacrées sont des espaces forestiers, qui servent d’habitat à une multitude de divinités vénérées par les populations et gérées depuis des décennies par les communautés sur la base des pratiques traditionnelles, des codes locaux, des pouvoirs et des valeurs endogènes.

« Cette forêt existait bien avant que je ne vienne au monde. C’est une forêt sacrée protégée par le vaudou Babahôké. C’est un vaudou sévère qui ne badine avec personne. Il a beaucoup d’interdits. Il est interdit de chercher du bois dans la forêt, d’y déféquer, d’y prélever n’importe quoi. Moi-même, responsable de la forêt que je suis, je n’ai pas ce droit. Si quelqu’un tombe dans ses travers, il est puni sévèrement, il paie des amendes et peut même subir le supplice de la mort », explique Adjinan Sètomey, gardien de la forêt Togbozoun, commune de Zagnanado.

Malgré les interdits dont elles font l’objet, certaines continuent d’être menacées. Ces menaces incluent l’expansion des feux de brousse, l’élevage extensif, l’extraction abusive des peuplements ligneux et animaux, la pratique de la transhumance caractérisée par le surpâturage, l’épandage des pesticides, l’intensification des activités de braconnage et l’expansion et les pratiques agricoles surtout lorsque l’application des codes est fragilisée. Les aires protégées ne sont pas exemptes de ces pressions en dépit de leur statut et des outils techniques de gestion.

De 2011 à 2016, le Projet d’Intégration des Forêts Sacrées dans les Aires Protégées du Bénin (PIFSAP) appuyé par le Gouvernement du Bénin, le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a été mis en oeuvre, afin de conserver la biodiversité d’importance mondiale présente au Bénin en protégeant et en gérant de façon durable les ressources forestières biologiquement et culturellement importantes. Il a permis également la délimitation des frontières de chaque forêt, l’évaluation des besoins en espèces fauniques et floristiques, puis la plantation d’arbres pour délimiter les forêts et le lâché de certaines espèces animales disparues notamment des serpents qui permettent de détruire les termites qui sont des rongeurs d’arbres.

Changement de comportements des populations

« La Forêt sacrée de Ichaale, village de Latche dans la commune d’Avrankou couvre une superficie de 7087 m². Grâce au PIFSAP, nous avons une forêt qui aurait peut-être disparu. Ce n’est pas cette seule forêt. Trois forêts sont intégrées au niveau des aires protégées. Aujourd’hui on y a réintégré certaines plantes, des plantes médicinales. Dans ces forêts, on peut avoir une variété d’espèces végétales rares. […] On peut y retrouver des espèces animales. Nous avons réintroduit des pythons religieux, quelques scorpions, des varans, etc. ; il y a des insectes, des papillons, d’autres serpents. Beaucoup d’espèces d’oiseaux prennent la forêt comme habitat et y vivent », précise Appolinaire Oussou Lio.

Dans ses outils de planification spatiale, la mairie d’Avrankou a pris la précaution de réserver des forêts sacrées dans les lotissements. Elles sont intégralement conservées avec un aménagement de voie autour, et ceci pour éviter que dans le futur l’espace occupé par ces forêts soit vendu ou occupé.

« Cette forêt s’appelle Gbèvozoun. Grâce à l’appui du PNUD, les populations ont constaté que la forêt est devenue une vraie forêt. Ce n’est plus comme avant, où des gens y entraient pour prélever des biens n’importe comment. Avant certaines femmes entraient dans la forêt et en deux jours pouvaient charger jusqu’à deux véhicules bâchées de bois pour aller vendre. Aujourd’hui, elles ne peuvent plus le faire. On ne peut plus rentrer n’importe comment dans la forêt ni pour aller chasser. C’est un changement très apprécié », se réjouit Augustin Bonou, secrétaire du Gbèvonon de Gbèvozoun dans le village Agbonan, commune de Bonou.

Le Projet d’Appui à la Préservation et au Développement des Forêts Galeries et Production de Cartographie de base Numérique (PAPDFGC) appuyé par le Gouvernement du Bénin, l’Union européenne et le PNUD a œuvré pour la promotion de la conservation et de l’utilisation durable des forêts galeries de la basse vallée du fleuve Ouémé.

Le projet est axé sur deux composantes : la composante “Conservation et utilisation durable des forêts galeries”, qui couvre 13 communes de la basse vallée de l’Ouémé à savoir Zagnanado, Zogbodomey, Ouinhi, Kétou, Adja-Ouèrè, Akpro-Missérété, Adjohoun, Bonou, Aguégués, Sèmè-Kpodji, Dangbo, Porto-Novo pour le volet lutte contre les inondations. La composante “Cartographie numérique”, qui concerne toute l’étendue du territoire national (77 communes). Un des objectifs de ce projet est de faire revenir les espèces autochtones menacées en voie de disparition dans les localités et de restaurer les galeries dégradées.

« Au début, certaines populations n’ont pas compris le bien-fondé du projet et ont cru que le projet les déposséderait de leurs champs. Malgré les sensibilisations, elles venaient déterrer les plants mis en terre. Aujourd’hui, le projet nous est très bénéfique car depuis que des arbres ont été plantés sur la berge, les eaux de ruissellement n’emportent plus le sable dans le fleuve. Les champs aussi ne pâtissent plus des inondations », Maxime Aïzannon, conseiller local, ancien chef du village Ahlan à Zagnanado.

Ce projet a eu aussi comme résultats entre autres la mise en place de 74 comités locaux de protection et de gestion des forêts galeries (arrêtés disponibles) dans le cadre des activités de reboisement ; la formation, l’installation et l’équipement de 32 membres des comités locaux de gestion sur les techniques modernes pour la promotion de l’apiculture comme alternative de conservation et de valorisation des ressources naturelles dans 16 forêts galeries dotées de Plan d’Aménagement et de Gestion Simplifiée (PAGS).

Avant cet espace était vide, il n’y avait pas d’arbres et aujourd’hui c’est devenu une petite forêt. On peut y retrouver des essences telles que Triplochiton Scleroxylon (samba), Melicia Excelsa (Iroko), Cola gigantea, Xylopia aethiopica, Ceiba pentandra. Le xylopia aethiopica par exemple est une plante médicinale utilisée pour les enfants, les femmes enceintes. On l’utilise aussi pour traiter le paludisme et les plaies et les infections. L’iroko est utilisé dans la menuiserie et sert à fabriquer des portes, des tables et chaises par exemple. Ce projet est très bénéfique pour les populations. Elles profitent des arbres, de leurs écorces, leurs feuilles et leurs racines. Avant, quand il pleuvait, les eaux de ruissellement emportaient le sable avec elles dans le fleuve dont le lit se comblait. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Vous voyez, le fleuve est dans son lit à cet endroit », raconte avec fierté Pierre Bocco, pépiniériste à Ahlan dans la commune de Zagnanado.

Texte et photos : Elsie Assogba, Elisabeth Tossou & Roger Attemba / PNUD Bénin

Le PNUD est le réseau mondial de développement dont dispose les Nations Unies. Il appuie le Bénin à relever les défis d’un développement humain durable.

Le PNUD est le réseau mondial de développement dont dispose les Nations Unies. Il appuie le Bénin à relever les défis d’un développement humain durable.